Comment les traileurs des Hauts-de-France ont triomphé sur l’UTMB 2026

Les montagnards ont leurs montagnes. Et nous, les terrils. On ne part pas réellement sur le même pied d’égalité dans notre prépa vers les objectifs estivaux en haute altitude. Et pourtant, malgré tout, chaque année, des Ch’tis et Flamands finissent les trails les plus difficiles de la planète. La preuve encore cet été avec Céline Dubreux, sur les 360 bornes de la traversée de l’Ecosse, et cette semaine avec les finishers l’UTMB. 1000 pattes est allé à leur rencontre.

MODE D’EMPLOI : il suffit de cliquer sur les liens internes dans la table des matières ci-dessous pour accéder directement aux portraits 😉

ULTRA TRAIL DU MONT-BLANC – 173 km, 9700 m de D+

Les résultats

✅ Finishers :
Dimitri Soltysiak, 28e, 7e des 35-39 ans en 22h04’25
Céline Finas, 117e, 3e des 40-44 ans en 25h23’56
Max Hellin, 425e, 43e des 45-49 ans en 32h25’47
Matthieu Serouart, 427e, 77e des 40-44 ans en 32h26’11
Aurélien Musy, 603e, 153e des 20-34 ans en 35h33’33
Nicolas Vraunat, 587e, 115e des 40-44 ans en 35h21’16
Arthur Depienne, 881e, 161e des 35-39 ans en 38h31’02
Mederic Langlet, 1026e, 221e des 20-34 ans en 39h53’16
Freddy Coine, 948e, 173e des 35-39 ans en 39h03’45
Pierre Hertault, 1026e, 221e des 30-34 ans, en 39h53’16
Jordan Farissier, 1274e, 211e des 35-39 ans en 42h34’58
Arnaud Caille, 1314e, 218 des 35-39 ans en 42h48’06
Olivier Bonef, 1500e, 301 des 40-44 ans en 44h23’19
Xavier Louvet, 1559e, 156e des 50-54 ans en 44h46’30
Benjamin Autricque, 1583e, 250e de sa cat. en 44h59’19

❌ Abandon ou DNF : Malo Thomas, Florent Pataud, Olivier Péliks, Alexandre Prunelet, Arnaud Rousé, Raphael Dinaut, Jérôme Moinet

Dimitri Soltysiak, l’humilité des plus grands

Inutile de le cacher, on a — quasi — tous versé une p’tite larme en voyant Blandine L’Hirondel franchir en tête la ligne d’arrivée. L’icône du trail français a signé, samedi, la première victoire d’une Française sur l’UTMB depuis dix ans. L’une des plus héroïques tant elle a dû se battre avec elle-même sur ces 173 km. Tant on a ressenti au plus profond de notre chair sa peur et ses cris quand elle a chuté dans la dernière descente.

Cette clameur finale, un Dunkerquois de 36 ans l’a vécue intensément à 2 km de là, avec une vue imprenable sur Chamonix. D’ailleurs, elle et lui ont partagé une heure de course dans la montée du Val Ferret. « Inoubliable », sourit Dimitri, encore marqué par l’ambiance exceptionnelle de cet UTMB, au départ sur 20 km jusqu’à Saint-Gervais et à l’arrivée où l’attendaient Sarah, sa compagne, Norah, sa fille, ses parents et son parrain. « En terminant la course, j’ai tenu la tête entre mes mains. Rêve, réalité ? Je ne savais plus. C’était un moment que j’attendais depuis cinq ans. »

A la sortie du Covid, Dimitri tombe sur un reportage sur l’UTMB. « J’ai trouvé la course dingue, avec son dénivelé, sa distance, le temps pour la finir… 20 h d’effort, je trouvais ça fou. » Il est alors gardien de but en D2, avec ses potes footeux de Watten. Un héritage de son grand-père qui lui a acheté ses premiers gants. Et aussi bon était-il dans les cages, peut-être qu’il aurait été judicieux de le faire cavaler sur le pré ! « C’est vrai que je finissais dans les premiers aux tests de VMA », se souvient-il.

« Ce reportage a été un déclic. J’ai stoppé le foot. » Et pour son premier footing, il court 3 km.

Lors de son premier trail, à Seninghem, il finit les 14 km autour de la 10e place. Dans la foulée, il s’aligne sur le 33 km du GTN. Et termine 5e sur 516. Dimitri signe sa première victoire en 2023, sur le 55 km du NTMF. « Cela a été un élément déclencheur. » Une prise de conscience sur d’évidentes qualités physiologiques.

Depuis, il a toujours suivi un même fil conducteur : « prendre le temps de me découvrir, de découvrir mon corps et ses réactions ». Et c’est donc sans pression qu’il a débarqué à Chamonix cette semaine, quatre mois après avoir pris la 10e place sur le réputé 110 km de Madère. Comme d’habitude, il est parti « en mode loisir, sans me prendre la tête avec le classement » : « J’ai pris le temps de savourer du début à la fin. J’ai juste demandé à Courmayeur et Champex où je me situais. En arrivant à Cham’, je n’en avais aucune idée. J’imaginais top 40, peut-être top 30. » Il a signé une formidable 28e place. Au milieu des cadors de la discipline.

C’est avec cette mentalité qu’il a rivalisé avec les élites d’UTMB Index 900 sur l’archipel portugais. Et qu’il en a fait tout autant autour du Mont-Blanc. « J’ai peut-être la bonne stratégie pour évoluer dans le trail », dit-il, sûr d’une chose : « Le travail à l’entraînement paie. »

Ses plans d’entraînement sont proposés par Simon Beaucousin, un Nordiste vivant en Haute-Savoie. « On a un très bon feeling. Il sait que je suis rigoureux. Je sais qu’il peut adapter mes séances si nécessaire. Le corps n’a pas besoin d’avoir un volume élevé tout le temps. Dès que j’ai un pic de fatigue, on ajuste les entraînements. Le vélo me fait beaucoup de bien et m’aide à récupérer. »

Pour cet UTMB, Dimitri a tourné à 15h d’entraînement par semaine en moyenne, plutôt 20 sur la fin, avec un pic à 30 heures pendant lesquelles il a reconnu le parcours de l’UTMB.

Associant au moins 70 km de course à pied chaque semaine à du renforcement musculaire, du vélo…, le Flamand compense le manque de dénivelé dans le Nord par des séjours à la montagne et des mises en situation, dossard épinglé, qui lui servent à mieux appréhender la nutrition, la technique de course… C’est ainsi qu’il a beaucoup progressé en descente. « Je fais beaucoup de travail de proprioception. En descente, je travaille sur la respiration et analyse avec 3-4 mètres d’avance sur mes pieds. C’est un jeu où je suis de plus en plus à l’aise. »

Sur cette course, Dimitri et son coach avaient fixé plusieurs objectifs.

Objectif A : terminer.

Objectif B : finir en moins de 24 heures.

Objectif C : moins de 22h pour lui, et même moins de 21h30 pour le coach.

« Le pacing de départ n’a pas été forcément respecté. Avec l’engouement, je me suis vite retrouvé avec un peu d’avance par rapport à la vitesse visée. C’est pour cela que j’ai baissé de rythme à partir de Courmayeur. Difficile d’ailleurs de profiter de l’instant et de contrôler l’allure. » Son tempo a été dicté par les sensations et le cardio, avec toujours en tête la consigne du coach : garder du jus et de la lucidité pour la dernière partie et les descentes techniques afin d’éviter les chutes.

Côté alimentation, tout s’est aussi passé comme prévu ce week-end. « Principalement du gel. En assistance : maki, riz au lait, quelques bonbons, du chocolat. Des petits plaisirs… J’essaie d’avoir un panel très large car je ne sais pas de quoi j’aurai envie sur le moment. »

Et à chaque ravito, il a retrouvé celle qui est « essentielle » dans sa performance : Sarah, sa compagne à qui il va dire un grand oui en mairie, en juin prochain. 

Celle qui comprend tout d’un regard, d’un sourire. « S’il y a un moment de bas, on vit avec mais on passe à autre chose. De toute façon, moi, je ne peux pas arriver de mauvaise humeur au ravito. C’est un travail de l’ombre pas drôle que d’attendre 3h30 du matin pour me filer deux flasques et m’aider à changer de tee-shirt. »

Celle avec qui il a rit et pleuré à l’arrivée.

Personne ne sait de quoi sera fait la suite pour Dimitri. Une chose est sûre : il ne va pas passer pro. « Une carrière sportive, ce n’est pas éternel. Je travaille dans une entreprise familiale de transport logistique. Sarah va d’ailleurs nous y rejoindre en septembre. » Les pieds sur terre, Dimitri va reprendre les chemins de l’entraînement. « Je vais continuer à faire ce que je sais faire avec mes qualités et la même envie. » On devrait le revoir, en 2027, sur le Trail Alsace by UTMB et peut-être la Saintélyon. Aux avant-postes. Avec le sourire. Avec l’humilité des plus grands.

Céline Finas, en pleine confiance

Qui a assuré ton assistance sur l’UTMB  ? 

Mélanie, ma sœur, et Niels, son copain. J’ai la chance de les avoir déjà eus plusieurs fois à mes côtés pour l’assistance sur des courses, donc on est maintenant très bien rodés ensemble !

Quels étaient tes objectifs initiaux ? 

Mon objectif était avant tout de faire une course bien maîtrisée, sans erreur de gestion, et de réussir à prendre du plaisir le plus longtemps possible.

De ce fait, es-tu heureuse de ce Top 15 femmes et Top 3 dans ta catégorie ?

Oui, très contente ! Ce n’était clairement pas gagné au départ au vu de la densité du plateau. D’après l’UTMB Index, je devais être autour de la 60e place féminine sur le papier, donc terminer dans le Top 15 est une vraie satisfaction.

Je vois que tu as gagné 82 places et en perdu 63 entre Combal et Checrouit. Que s’est-il passé ?

Je pense que ça doit être lié à un problème de pointage, car il ne s’est rien passé de particulier sur cette portion et je n’ai vraiment pas le souvenir d’avoir été dépassée par 63 personnes entre le lac Combal et Checrouit.

Tu as gratté des places sans cesse à partir de samedi matin. Comment as-tu géré cette 2e partie de course d’un point de vue physique et nutritionnel ? 

Je n’ai heureusement eu aucun souci nutritionnel. Entre les ravitaillements avec assistance, j’ai essentiellement pris des gels et des boissons énergétiques, et à Champex et Vallorcine j’ai ajouté un peu de solide, notamment de la purée de patate douce et du riz au lait.

Physiquement, j’ai commencé à avoir les quadris vraiment très douloureux assez tôt dans la course, donc j’ai dû ralentir. Mais j’ai été énormément portée par mon assistance de choc, les amis présents sur le parcours et la belle surprise de retrouver le soutien du Tous Azimut Douai, mon club de cœur du Nord. J’ai réussi à rester assez régulière et à moins ralentir que beaucoup de mes concurrentes, ce qui m’a permis de gagner progressivement des places dans la deuxième moitié de course.

Qu’as-tu mis en place de particulier ces derniers mois pour performer cette semaine ?

Après ma dernière course fin juin, le 90 km du Mont-Blanc, j’ai vraiment mis le focus sur l’UTMB. J’ai fait beaucoup de reconnaissances du parcours et des blocs d’entraînement spécifiques. J’ai aussi pris plusieurs jours de congé début août pour pouvoir enchaîner ces blocs tout en optimisant la récupération. Bien connaître le parcours m’a aussi beaucoup aidée à gérer mon allure le jour de la course.

Comment juges-tu globalement cette année ? As-tu d’autres dossards en vue ?

Je suis vraiment contente de mon année. Les petits pépins physiques de l’année dernière ont été résolus et j’ai ensuite pu vraiment enchaîner les entraînements et constater une progression au fil des mois. Les résultats obtenus cette année m’ont aussi donné confiance. Pour l’instant, je n’ai pas de dossard en vue pour la fin de l’année, donc je vais déjà profiter un peu et récupérer 😊

Après avoir coché la TDS, l’UTMB, la Diag, des courses te font-elles encore rêver ? 

Oui, je suis très heureuse d’avoir pu vivre ces courses mythiques. Il y a encore énormément de belles courses qui me font rêver, mais je ne sais pas encore si j’ai envie de continuer à privilégier des ultras aussi longs. Ce sont des formats qui demandent énormément d’investissement, aussi bien dans la préparation que le jour de la course.

Te projettes-tu déjà vers 2027 ?

Pas encore, mais les idées ne vont pas tarder à venir 😊

Toujours installée à Lausanne où tu mènes une carrière d’actuaire dans une compagnie d’assurance ?

Oui, je travaille toujours à Lausanne. Ce n’est pas toujours évident de concilier le travail avec le volume d’entraînement que demande l’ultra, mais avec une bonne organisation et la confiance qui s’est installée au fil du temps avec mes responsables, j’arrive à trouver un bon équilibre entre les deux. 

Toujours coachée par Philippe Propage ? 

Oui, avec Philippe ! On ne change pas une équipe qui fonctionne très bien 😊

Matthieu Serouart, les montagnes russes en belle compagnie

Mini-portrait rapide : ton âge ? Ta ville ? ton métier ?

Alors voilà, je m’appelle Matthieu Serouart, j’ai 42 ans et suis masseur kinésithérapeute en libéral à Bouchain, ville où j’habite également.

Depuis quand cours-tu ? Depuis quand as-tu en tête cet UTMB ? 

Je cours vraiment depuis 2019. Puis j’ai eu une grosse hernie discale et la seule chose que je pouvais faire après ma convalescence était de courir puisque le Covid était parmi nous.

J’ai d’abord préparé un 10 km, puis un 21km et le Marathon de Paris en octobre 2020.

C’est en Juin 2022 que je fais mon premier vrai Trail de montagne avec le marathon du Mont Blanc.

C’est le coup de foudre pour les montagnes. L’UTMB fais alors rêver mais parait inaccessible ! Je me dis que ce sont de grands malades…

Puis je goûte aux Infinity Trail et avec eux le passage des 100 km en 2024, et même 200 km en 2025. Là clairement le projet UTMB devient plus réaliste et je m’inscris au tirage. J’avais déjà réalisé deux 50K by UTMB (Nice et Alsace) ce qui me donnait 4 chances d’être tiré au sort.

Es-tu coaché ? 

Je suis autodidacte pour mes entraînements mais je suis formé de par mon métier et une formation de coach avec la clinique du coureur.

Quels étaient tes objectifs initiaux pour ce premier 100 Miles et même cette première expérience au-delà de 100 km ? 

L’objectif était clair : le finir ! C’était en effet mon premier 100M sans compter les backyards. Je pars donc sans prétention mais avec une fourchette de 33 à 36h. J’étais bien obligé de me projeter pour gérer ma nutrition.

De ce fait, es-tu heureux de ton classement ?

Je suis très satisfait de mon classement même si je sais que je pouvais aller chercher les 32 heures. Je profite de ma course, je ne regarde absolument pas la montre sauf au dernier ravitaillement assisté où je dis à ma femme: “allez j’y vais, je peux faire quelque chose de sympa”. Je finis en 32h26, mieux que ce que j’espérais, alors comment ne pas être heureux du résultat !

La 6 Défi de La Plagne n’a-t-elle pas laissé trop de traces ou était-elle une rampe de lancement idéale vers ton objectif ? 

La 6 Défi constituait mon dernier week-end choc (1 mois avant l’UTMB) et je m’y suis très bien senti. Par contre j’en suis revenu très fatigué mais c’est une période qui le veut, c’était la fin d’une grosse phase de charge sur le mois de Juillet et on sait qu’on est sur la tangente. Le seul truc c’est que mon fils m’a ramené la gastro à la maison la semaine suivante et là je n’étais vraiment pas bien dans mon corps mais aussi mentalement en me voyant incapable de faire un affutage de qualité. La priorité était de se soigner et reprendre des forces pour arriver le mieux possible à Chamonix. Sinon, cette 6 Défi m’a paru idéale avec un format sur 3 jours et des distances croissantes à réaliser sur de la fatigue cumulée et en terrain Alpin, le top !

Qui a géré ton assistance ? 

Je ne saurai jamais assez remercier Florence, ma femme, qui a assuré mon assistance. C’était une première ! Je peux vous dire que le seul endroit où j’étais seul c’était à Courmayeur et j’ai vu une nette différence ! J’y ai passé 45 minutes, tout ce que je faisais me prenait une plombe ! Pour une première tout s’est bien passé, elle m’a même dit que je n’étais pas trop chiant (c’est ce qu’elle craignait)… Et merci également à mes enfants, Adam, 11 ans, et Léa, 14 ans, qui suivaient leur maman et m’encourageaient à chaque sortie de ravitaillement. Sans eux, je n’aurais jamais réalisé cette performance.

Comment as-tu géré ton alimentation sur cette course… ? 

Mon alimentation était entièrement planifiée en amont. Les petits sacs congélation de gels, barres, poudre isotonique étaient préparés à la maison, tous numérotés et les consignes données à ma femme. Et puis il y a le terrain et un gel lors de la première nuit qui ne passe pas trop. Et là, ça devient de l’improvisation en essayant de manger régulièrement mais à chaque ravitaillement mes poches sont encore pleines. Je consomme principalement de la boisson iso. Je m’alimente mieux avec le solide des ravitaillements (fromage, saucisson, pastèque, bouillon, pâtes, riz…) et je veille à apporter suffisamment de sel. Je pense que je frôle certaines limites sur la fin de course, notamment lors de la montrée de la Flégère où je manque de lucidité et j’ai quelques hallucinations. Heureusement, c’est passé, ouf !

…et le manque de sommeil ? 

Le manque de sommeil a été aussi une sacrée épreuve. Je savais que je pouvais courir 30 heures car je l’avais déjà fais en backyard mais là il n’y avait pas de passage à une base vie à chaque tour avec une pause possible. Cela dit, grâce à cette expérience, je suis confiant et je reprends beaucoup de places durant la fin de la journée du samedi et la deuxième nuit. J’ai également un peu utilisé l’auto-hypnose qui m’a aidé à reposer mon corps et mon esprit. Après, je peux vous dire qu’il y avait beaucoup d’animaux dans les montagnes durant les 3 dernières heures… des rochers, fougères, ou encore morceaux de bois qui s’animaient à mon passage… une expérience dont je me souviendrai !

Comment as-tu vécu les derniers kilomètres ?

Les derniers kilomètres ont été de vraies montagnes russes. Une euphorie après Vallorcine en voyant que je peux être sous la barre des 33h, j’envoie la sauce. Puis la montée de la Flégère me parait interminable, et j’arrive enfin en bas de la piste. Cette dernière montée jusqu’au refuge est horrible ! Ma frontale me lâche, je dois changer la batterie. Une des dragonnes de mes bâtons casse. Mes forces m’abandonnent. Puis dans la descente, que je connais pourtant très bien, mes jambes n’arrivent plus à amortir mon propre poids. Je tente une petite foulée mais impossible, je marche beaucoup.

Et là, en bas, je rentre dans Chamonix, il est 4h dimanche matin, les supporters se font très rares… Mais les meilleurs étaient là, à m’attendre comme ils l’ont fait tout le long de la course, ma femme et mes enfants étaient à 100 mètres de la ligne ! Mon fils m’accompagne jusqu’à cette fameuse arche estampillée UTMB, ça restera un moment gravé dans ma mémoire ! Quelle émotion !!!

Qu’est-ce qui t’a le plus surpris sur l’UTMB ?

Le fait de ne pas avoir de médaille. Ça peut paraitre futile mais après un tel défi relevé j’aurais aimé avoir une médaille, que mes enfants la conservent, bref, quelque chose qui reste. Pour une course avec un tel budget je penses que c’était possible…

Après, je ne parlerai pas de surprise mais d’émerveillement en voyant toutes ces nationalités, tous ces coureurs venus des 4 coins du mondes qui voulaient tous en découdre avec cet UTMB, et là on mesure la chance qu’on a d’y être ! 

Et, a postériori, comment ne pas citer Ben Dhiman et ses 18h16 pour boucler ce petit tour du Mont-Blanc… ça c’est une sacrée surprise! Jusqu’où iront-ils ???

Qu’as-tu appris sur toi-même pendant cette course ?

Me concernant je me suis prouvé encore une fois que notre corps est capable de grandes choses, des choses qu’on supposait impossible un jour et qui sont aujourd’hui atteintes. Mais surtout, j’affirme aujourd’hui que ce sport qui semble être un sport individuel est en réalité un sport d’équipe, car sans mon entourage, jamais je n’aurais pu me préparer correctement durant des heures, jamais je n’aurais su réaliser cette performance ! Alors je leur dis MERCI !!!

Croyez en vos rêves et partagez-les !

Comment juges-tu globalement cette année ? As-tu d’autres dossards en vue ?

Mon année 2026 à été organisée autour de cet UTMB. Une troisième place aux Running games de Rieulay (123 km), le 100K du Ventoux by UTMB fin avril, 200 km de randonnée en mai, la 6 Défi fin Juillet et maintenant l’UTMB, je suis plus que satisfait ! La fin de mon année je vais la passer à partager mon expérience auprès de mes coachés pour les amener à leurs objectifs, et auprès de ma famille, ils l’ont bien mérité !

Te projettes-tu déjà vers 2027 ?

Pour 2027, j’ai le GR20 au programme mais en mode randonnée cette fois ci et je veux la partager avec des proches. Pour les dossards, rien de particulier pour le moment. Après, j’avoue que la Diagonale des fous reste dans un coin de ma tête… Et je compte sur mes partenaires de trail qui vont me solliciter pour les accompagner sur des courses toutes plus folles et belles les unes que les autres car le trail c’est aussi une grande famille.

J’ai d’ailleurs pris le départ avec Mederic, le mari de Coralie, ma collègue kiné. C’est avec lui que je partage la plupart de mes gros rendez-vous courses. Ça a commencé avec le Marathon de paris en 2021 puis c’est lui qui a eu l’idée saugrenue de s’inscrire au tirage du Marathon du mont-blanc. L’aventure s’est poursuivie avec le NTMF, Nice by UTMB, Alsace by UTMB, Infinity trail des terrils, Ventoux by UTMB, et maintenant l’UTMB ! Ça aide de pouvoir partager la course mais aussi la prépa, la logistique, les émotions…. Bref, Mederic est un partenaire, un coéquipier, un ami, merci pour tout !

Aurélien Musy, esprit trail

Portrait express : ton âge ? Ta ville ? Ton métier ?

J’ai 34 ans, je suis originaire d’ Anzin (59) mais j’habite depuis maintenant 1 an et demi en Savoie à Chambéry (73). Je travaille à la SNCF où je suis régulateur de la circulation ferroviaire.

Depuis quand cours-tu ? Depuis quand as-tu en tête cet UTMB ? 

Je cours depuis 2012. Du début pour me remettre en forme, puis je me suis pris au jeu de la course sur route (10k, 20k, semi). Baisse de motivation aux alentours de 2018/2019, ça me lasse mais je continue à courir trois fois par semaine pour rester en forme, sans objectif de course. 

En 2022 je fais le tour du Mont Blanc en trek, je découvre ce qu’est le trail qui mêle course à pied et rando : montagne, nature, vitesse, effort, liberté, surpassement … Ça me correspond parfaitement. 

J’assiste à l’UTMB en 2022 en tant que spectateur. Je passe des heures entières sur la ligne d’arrivée ou à encourager les coureurs dans le dernier km à l’entrée de Chamonix. Je trouve ça surhumain, je me dis que c’est impossible mais que je ferai tout pour en être un jour. 

Qui a géré ton assistance ? 

Personne, j’ai fait le choix d’être seul. Je suis gêné à l’idée d’embarquer dans mes bêtises des amis, la famille, etc. Les faire attendre des heures aux ravitos, sur la route… Ma passion pour le trail et l’envie de faire ce genre de course sont personnelles. Et je n’ai pas envie de les faire ” subir ” quelque part. Je n’ai pas un niveau nécessitant tant de moyens. 

La mère et la copine d’un ami faisant son assistance m’ont tout se même un peu aidé. 

Qui t’a accueilli à l’arrivée ?

Les amis de mon club / communauté : La Duc Army créée par Ugo Ferrari.

Comment as-tu vécu les derniers km et l’arrivée ? Ta première pensée en franchissant la ligne d’arrivée ?

Je volais. Dans la dernière descente de La Flégère j’ai envoyé tout ce qu’il restait. 1 heure avant je boitais et grimaçais à chaque pas à cause d’une contracture au mollet droit mais là j’ai réussi à débrancher le cerveau pour atteindre la ligne d’arrivée le plus tôt possible. 

Je voulais garder une note positive de la course puisque la seconde nuit avait été difficile, la montée au Béchar puis à la Flégère étaient très longues, je n’étais pas dans un bon état d’esprit, j’étais énervé, de mauvaise humeur mais cette descente me permet de garder quelques chose de très positif. 

Es-tu coaché ? 

Oui, depuis 1 an et demi où j’habite en Savoie. J’ai fait le choix de prendre un coach. J’ai trouvé que c’était le bon moment. 

Quels étaient tes objectifs initiaux ? 

Aux alentours de 35h, sans pour autant me mettre trop de pression car je ne voulais pas être déçu à l’arrivée. 

De ce fait, es-tu heureux de ton classement ?

Honnêtement, je pense que j’aurais pu faire mieux. Trop de temps perdu sur les ravitaillements notamment. Mais je suis satisfait, j’ai fait l’UTMB, c’était un rêve, je ne veux pas gâcher ce plaisir à cause d’une heure de trop. Le classement m’importe peu.  À Trient j’aurais dû aller voir les kinés pour ma contracture au mollet, ça m’aurait fait mal sur le coup mais soulagé et ça m’aurait permis de sûrement plus dérouler derrière… 

Qu’as-tu mis en place de particulier ces derniers mois pour performer cette semaine ?

De l’entraînement, beaucoup d’heures. Du renforcement / proprioception / massages / étirements / mobilité articulaire pour éviter les douleurs aux tendons d’Achille surtout qui me sont chroniques depuis 1 an.  Des tests de nourriture en course, de matériel etc.  Une nutrition adaptée. Pas d’excès, très peu d’alcool surtout dans les gros blocs de charge. 

Comment as-tu géré ton alimentation sur cette course ? 

Parfaitement. Aucun souci de ce côté, et c’est un super point. Majoritairement avec de la boisson d’effort puis quelques gels. Saucisson, fromage et bouillon sur les ravitos pour le sel et la protéine. Puis une raclette à la Fouly comme le veut la tradition ! 

Et le manque de sommeil ? J’ai vu que tu as fait une longue pause à Courmayeur. Pour dormir ? 

10’ de sieste à Courmayeur, le reste pour se changer, changer de chaussettes et chaussures, mettre de la crème solaire, manger, remplir les flasques, etc. Sans assistance, c’est plus long forcément. 

15’ de sieste après le grand Col Ferret. Avec mon compère, on a pas mal subi cette section, il faisait chaud, on avait un coup de barre. On a décidé de faire une sieste quelques km après le col. Ça nous a fait du bien. 

20’ de repos à Trient en début de 2ème nuit. Pas nécessaire pour moi pour le coup mais pour mon collègue même si ça ne m’a pas fait de mal ! J’aurais pu continuer sans lui mais quand même… On est mieux à 2 pour affronter la seconde nuit. À la place, j’aurais mieux fait d’aller me faire masser le mollet. 

Tu finis ton 6e 100 Miles. Qu’est-ce qui t’as le plus surpris sur l’UTMB ?

L’ambiance ! Je savais qu’il y avait du monde mais pas autant… La sortie de Chamonix, les Houches, Saint-Gervais, Les Contamines… C’était fou. Pour certains, c’est “trop”, moi j’ai adoré.  Le départ, bien-sûr aussi… 

On parle de l’UTMB comme d’une course plutôt roulante et non technique, je trouve que c’est vrai. Il faut beaucoup courir. Des longues sections de faux plat ou de plat. C’est usant à force et j’aurais dû plus me préparer à courir.

En revanche, je ne m’attendais pas à autant de technicité après Vallorcine pour la montée au Béchar. Je n’en pouvais plus, je trouve cette section atroce entre racines et cailloux. Même en pleine forme je ne m’y imaginais pas courir alors que le technique n’est pas un souci pour moi habituellement. 

Qu’as-tu appris sur toi-même pendant ces 35h33 ?

Que je pouvais courir la dernière descente à fond alors que je semblais à l’agonie 1 h avant ! Le cerveau est trompeur, je commence à le savoir et pourtant je me fais quand même avoir… 

Que ce n’était pas impossible comme je l’ai pensé 4 ans plus tôt. D’ailleurs, les choses vont même plutôt vite. Le corps s’adapte d’une manière étonnante quand on s’y prend bien. 

Comment juges-tu globalement cette année ?

L’UTMB était quasiment le seul objectif, on peut dire qu’il est rempli. Un jour, je reviendrai avec un objectif de temps mais j’ai posé une marque puis surtout j’y étais ! En 4 ans, je suis passé de 10/20 km sur route à mon 6eme 100 miles dont l’Echappée Belle et l’UTMB. 

Te projettes-tu déjà vers 2027 ?

Pas encore mais il va falloir, vu la vitesse à laquelle partent les dossards. Néanmoins je veux faire plus de plat et de vitesse d’ici avril/mai car c’est quelque chose que je n’ai pas travaillé depuis longtemps et ça se ressent.

Ton regard sur le trail a-t-il évolué cette semaine ?

Le trail n’est pas l’égal de la course à pied. Selon moi, on ne se met pas au trail pour les mêmes raisons qu’on se met à la course sur route. Le trail n’est pas l’évolution du 10k ou semi. 

Il faut aimer la nature, la montagne, la solitude, se perdre, subir la météo, se confronter aux éléments. Il faut aimer la liberté.

Il y a aussi dans le trail un esprit de solidarité et d’entraide qui doit perdurer. 

Il faut voir les autres coureurs non pas comme des rivaux mais comme une aide à repousser ses propres limites. Nous sommes tous là contre nous-même, pour repousser nos propres limites mises en place par notre corps ou notre cerveau. Si je peux aider un coureur à combattre ses limites alors je le fais en l’encourageant, en l’invitant à me suivre et ce sont ces moments de course que j’apprécie le plus. 

As-tu fait de belles rencontres ?

Durant l’UTMB, nous avons fait la longue section de faux plat entre la Fouly et Champex avec un Italien (Davide) ; un Australien il me semble ou Néo-Zélandais (Vladimir) et mon pote Benoît. 

Nous ne nous sommes jamais parlé mais nous savions qu’on avait tout intérêt à rester ensemble, à se porter l’un l’autre. On s’est mit en file indienne, Benoît et moi en tête, on a adopté un rythme soutenu et on ne s’est pas lâché jusqu’au début de la montée sur Champex. De temps en temps, on jetait un oeil pour voir si ça ne lâchait pas derrière. De temps en temps, un ” allez, allez “. Sans échanger un mot, on s’est soutenu l’un l’autre contre nous-même. 

En commençant la descente de la Flégère j’avais vraiment mal aux jambes et au mollet, je boitais mais je voulais arriver en bas le plus vite possible. J’ai vu Davide passer. Je me suis dit que j’allais le suivre et qu’il allait ainsi nous rendre la pareille en nous entraînant dans sa descente avec lui. Il semblait beaucoup plus en forme que nous…

Ce qu’il a fait ?

Benoît a suivi au début puis ce n’était plus possible pour lui. J’ai continué à suivre Davide, on s’encourageait l’un l’autre par des ” allez allez “. Puis il a ralenti, je suis passé, je l’ai pacé mais il n’a plus suivi à son tour, après quelques arrêts pour l’attendre il m’a fait signe de continuer, c’est alors que j’ai débranché le cerveau et fini seul.  J’aurais aimé qu’on finisse tous à 3 aussi vite que possible. 

Le trail, c’est ça pour moi, je ne suis pas heureux de finir devant Davide et Benoît. J’aurais préféré continuer avec eux pour aller vite et finir rapidement ensemble dans un flow collectif. 

Quand il est arrivé, j’ai été voir Davide pour lui serrer la main et le remercier, il m’a félicité et m’a remercié également par une accolade. On l’a fait ensemble, pas l’un contre l’autre. 

Nicolas Vraunat, la patience récompensée

Certains sont tirés au sort du premier coup. Nicolas Vraunat a dû, lui, se montrer patient pour enfin participer à l’UTMB. « J’ai été recalé au tirage au sort depuis 2020 », constate-t-il. Il était alors dans la forme de sa vie, faisant top 100 à la Diagonale des fous et montant sur le podium du 62 km du Trail de la Côte d’Opale, l’année précédente.

Depuis, le temps a fait son œuvre. Des enfants sont nés. Les priorités ont changé pour le superviseur en hygiène sécurité environnement et Laura, son épouse. Alors, cette semaine, Nicolas n’avait qu’une obsession : finir. Finir coûte que coûte. Le Marckois y est parfaitement parvenu, en un poil plus de 35 heures. « Je n’avais aucun objectif de temps. Et je n’ai jamais pensé à l’abandon. » Pas même quand il s’est retrouvé face à un mur alimentaire. « J’ai travaillé aux entrainements avec les produits Näak, le partenaire de la course. Mais là, cela n’est pas passé. La seule chose de solide qui est passée, c’est le bouillon au vermicelle, la pastèque et la banane pendant les ravitos. »

La première matinée n’a pas été idéale non plus. « A Courmayeur, en sortie de nuit, je me suis posé des questions. » La suite n’a été que bonheur. Que plénitude. « Que de plaisir ! C’est comme si cela avait été 100 km d’échauffement. Tout s’est débloqué. Le corps m’a dit « vas-y, pars ». J’ai voulu voir jusqu’où j’allais tenir. A Trient, j’ai su que ça allait le faire jusqu’au bout. Je me sentais tellement bien. » Un peu comme si le karma, qui l’avait fui depuis six ans, s’excusait du retard de livraison.

Rien n’est figé pour la suite : « Avec l’âge, je vois que je préfère les petites courses qui partent vers 4h-5h du matin, sur 100 km, où on ne passe pas toute une nuit entière dehors.  Il y a tellement de beaux trails en France, aussi. Le choix se fera au feeling. J’irai avant tout pour me faire plaisir. » Ah, il y a bien une petite folie qui lui fait de l’œil : « J’aimerais bien faire le MIUT. On passerait une semaine de vacances à Madère en famille… Mais il faut que j’en parle avec ma femme ! » Elle est au courant maintenant, Nicolas.

Arthur Depienne, de l’Intérieur sport au bonheur extérieur

Petit portrait rapide : ton âge ? Tu vis dans quelle ville désormais ? Manager Director chez Interseal France, ça veut dire quoi en français 🙂 ?

J’ai 36 ans. J’habite à Marcq-en-Baroeul. Je suis directeur général de la société Interseal, une PME de 40 personnes à Féchain, spécialisée dans la conception et la fabrication de joints d’étanchéité industrielle.

Depuis quand cours-tu ?

J’ai toujours fait du sport (rugby pendant de nombreuses années, à Douai, ma ville) et je cours assidûment depuis 2022.

Depuis quand as-tu en tête cet UTMB ?

J’ai toujours suivi cette course. Elle m’a toujours intrigué. J’avais vu un Intérieur Sport sur Francois D’Haene tout jeune et j’ai continué à le suivre, puis Kylian, Thevenard… Donc, j’ai toujours eu un œil sur cette course un peu hors du commun.

Est-ce que Pierre avait déjà assuré ton assistance ? Qu’est-ce que cela t’a fait de partager ce moment avec ton frangin ?  

On s’est rodé sur Godefroy de bouillon en juin sur format 100k. Et j’avais aussi ma femme et ma fille sur le ravito de Champex Lac. Ma femme m’avait déjà assisté sur le 100k Alsace UTMB l’année dernière.C’est super de partager ses moments avec eux car c’est vraiment en étant en adéquation tous ensemble dans la pratique, que celle-ci est belle. Seul on va vite, ensemble on va loin. 

Qui t’a accueilli à l’arrivée ?

Mes 3 assistants de luxe : Aurélie, ma femme, ma fille (Capucine 8 ans, qui a d’ailleurs couru la mini TDS, 1,3km le mercredi !) et Pierre, mon frère. 

Comment as-tu vécu les derniers km et l’arrivée ?

Pas mal d’émotions après Vallorcine quand j’ai compris que j’irai au bout. Après être passé par toutes les émotions, celle de la joie était vraiment appréciée !

Ta première pensée en terminant la course ?

J’ai pensé que c’était une réussite collective. J’ai couru certes, mais sans eux je ne serais jamais arrivé. Et il y a quand même rapidement un sentiment de fierté qui arrive !

Es-tu coaché ?

Ouiii ! Gabriel Dupont (Team Fuga) et on a un club : le Lille trail club. Le meilleur club du monde.

Quels étaient tes objectifs initiaux ?

Finir !!! Et après j’avais estimé entre 35 et 40 même si forcément je préférais l’option 35 😉 Mais 40 et même 45 ça m’allait aussi. J’étais vraiment humble face à la distance !

De ce fait, es-tu heureux de ton classement ?

Oui, je me battais uniquement contre moi-même !!! Mais je ne suis pas sûr d’avoir gagné 😂

Tu as pris des pauses de plus d’une heure à trois reprises. Tu avais programmé cela ? Tu as réussi à dormir ?

La première pause à Courmayeur n’était pas prévue aussi longue, mais j’ai passé une première nuit horrible en terme de sensation et je ne m’imaginais pas poursuivre. Donc il a fallu un long dialogue avec ma team mais aussi avec moi même pour repartir (et j’ai d’ailleurs eu un « up » monumental de 8h ou tout était incroyable Ensuite j’avais été conseillé par des amis qui ont de l’expérience de savoir prendre le temps sur les ravitos pour se ressourcer et repartir prêt à affronter la portion.

Qu’as-tu mis en place de particulier ces derniers mois pour performer cette semaine ?

Prépa adaptée autour de cette objectif, travail spé, renfo, etc. L’idée était de monter en puissance. J’ai d’ailleurs fait la reco du parcours en 4 étapes fin juillet. Puis des belles semaines de charges, mais tout était concocté par le boss Gab 😉

Comment as-tu géré ton alimentation ?

J’étais parti sur une stratégie que je travaille depuis longtemps 70 g de glucides par heure : mélange boisson, gel, compote, gaufre. Je l’ai plus ou moins suivie 😅. J’ai aussi pris du bouillon à tous les ravitos ! Et ma femme m’a forcé (a raison !) à manger du riz à Champex !

Qu’est-ce qui t’as le plus surpris sur cette course ?

L’ambiance au départ jusque St-Gervais, c’était digne d’une étape du tour dans les Alpes ! C’est presque perturbant.

Qu’as-tu appris sur toi-même pendant ces 38h31 ?

Que le corps est capable de tout ! Même au plus mal, le rebond arrivera. Mais surtout que j’ai une famille et des amis qui ont cru en moi et m’ont apporté leur soutien tout au long de mes downs. Sans eux, j’arrêtais ! Merci infiniment à eux ! 

Depuis deux ans, tu goûtes à tous les formats de course. Lequel te plaît le plaît le plus ?

Je voulais goûter à l’ultra, et j’aime les sensations qu’on ne trouve que dans ces efforts longs et difficile. Mais mon format préféré reste le court (10 à 40km) explosif, avec du fight devant !

Comment juges-tu globalement cette année ?

Globalement positif, chaque expérience est une pièce du puzzle. J’ai fait un joli podium (2) en début d’année puis je me suis blessé à l’ischio lors du NTMF42 qui était mon gros objectif de l’année, ça m’a déçu, mais j’ai découvert aussi une nouvelle façon de travailler (kiné, travail spé etc) et là je boucle l’Utmb donc c’est super.

As-tu d’autres dossards en vue ?

J’ai 2 dossards, un sur une course organisée par des copains en champagne (une backyard ou j’irai juste pour essayer de prendre le temps de la meilleure boucle 😅), puis le marathon de Lille, où j’irai juste pour le plaisir de courir un marathon chez moi !!! Trop content que cette course revienne. Un peu déçu de ne pas y aller en mode compét’ quand même, mais y participer sera déjà top !

Te projettes-tu déjà vers 2027 ?

Oui ! Je souhaite revenir sur les formats courts : trail D2B, NTMF25 et TCO25. Puis on verra ! Bon j’ai quand même le Chianti by UTMB en mars sur le format 70k 3000.

Freddy Coine, un rêve accompli

Mini-portrait rapide : ton âge ? Ta ville ? ton métier ? Un club ?

J’ai 37 ans, j’habite à Wavrin et je suis cuisinier. Je suis licencié au Triathlon Club des Weppes.

Depuis quand as-tu en tête cet UTMB ? 

Depuis deux ans

Es-tu coaché pour le trail ? 

Non.

As-tu mis en place une préparation spécifique trail depuis 2024 et tes premiers classements à l’index UTMB ou les capacités que tu développes pour le triathlon longue distance suffisent ? 

Oui, les capacités que je développe pour le triathlon sont largement suffisantes.

Quels étaient tes objectifs initiaux pour cette 4e participation à un 100 Miles depuis 2025 ? 

Objectif principal : finir. Deuxième objectif : si jamais tout se passait vraiment comme je le souhaitais aux alentours de 30-34 heures.

De ce fait, es-tu heureux de ton classement ?

Oui, ça va !

Qui a géré ton assistance ? 

Ma famille.

Comment as-tu géré ton alimentation sur cette course… ?

Des gels, des purées, et le ravitaillement.

… et le manque de sommeil ? 

Sur cet évènement, je l’ai beaucoup ressenti, j’avais prévu des petits comprimés de café que j’ai perdu. Et comme y avait des grosses montées avec des gros pourcentages pendant la nuit, le cœur ne battait pas très fort donc je ressentais beaucoup le sommeil.

Qui t’a accueilli à l’arrivée ?

Ma famille.

Comment as-tu vécu les derniers km et l’arrivée ?

Magique !

Ta première pensée en franchissant la ligne d’arrivée ?

Que j’avais réussi à accomplir mon rêve.

Qu’est-ce qui t’as le plus surpris sur l’UTMB ?

L’ambiance !

Qu’as-tu appris sur toi-même pendant cette course ?

Malgré une préparation, les entraînements, une nutrition soignée, rien n’est acquis sur un ultra.

Comment juges-tu globalement cette année de trail ?

C’était une belle année trail avec deux 100 M et un 100 K.

As-tu d’autres dossards en vue ?

Non, repos pour l’instant, c’est déjà pas mal.

Te projettes-tu déjà vers 2027 ?

Bien sûr, je vais refaire certainement des triathlon XL et normalement la Diagonale des fous.

Benjamin Autricque, un flirt avec les barrières horaires

Portrait express : Ton âge ? Ta ville ? Ton métier ? 

J’ai 37 ans je vis en Alsace depuis 4 ans mais je suis originaire du Nord-Pas-de-Calais où se trouve encore toute ma famille. J’ai passé mon enfance à Bruay-la-Buissière puis j’ai vécu 10 ans dans le secteur d’Orchies avant de partir vivre en Alsace.

J’ai un emploi de bureau : je travaille l’analyse des dysfonctionnements.

Depuis quand cours-tu ? Depuis quand as-tu en tête cet UTMB ?

J’ai couru de nombreuses années au club Artois Athlétisme de Bruay-la-Buissière, puis ai pratiqué quelques années le triathlon (Artois Triathlon). J’ai arrêté la course à pied vers 25 ans, car je pensais n’avoir plus le temps entre la vie de famille et le travail.

Finalement, en mai 2024, j’ai eu un déclic et j’ai voulu me lancer sur l’UTDC (un 100 km en Alsace). J’ai repris pas mal de volume rapidement. En mai 2025, j’ai fait ma première course by UTMB, un 50 km en Alsace, puis un 100 km en juin (Saint-Jacques).

L’UTMB a commencé à me trotter dans la tête. J’ai fait mon premier 100 miles, le Wildstrubel (Crans-Montana), en septembre 2025, puis je me suis inscrit à la course visée, l’UTDC, pour mai 2026 (que j’ai finie en mai en 33 h).

Après une belle année 2025 (3 courses, dont 2 ultras), j’ai tenté ma chance au tirage au sort de l’UTMB… Et j’ai eu de la chance d’être tiré avec 9 stones !

Es-tu coaché ? 

Non, mais je m’intéresse à cette science.

Qu’as-tu mis en place de particulier ces derniers mois pour performer sur l’UTMB ?

J’ai la chance d’habiter maintenant en Alsace. Donc, les sorties dans les Vosges sont faciles. Je suis parti 3 jours à Chamonix fin juin pour faire un peu de repérage et 2 semaines en juillet dans les Hautes Alpes pour « bouffer du cailloux » avec des sorties plus difficiles que n’importe quelle montée de l’UTMB.

Quels étaient tes objectifs initiaux à Cham’ ?

Objectif n°1 : finir. Je n’ai pas encore 3 ans de reprise de la course à pied. J’aurais secrètement aimé faire moins de 40 heures mais ça sera pour une prochaine fois 😀

De ce fait, es-tu heureux de ton classement ?

Heureux d’avoir fini dans les temps ! Il reste un peu moins de 100 personnes derrière moi mais je n’ai pas DNF. Le dossard est honoré !

Qui a assuré ton assistance ? 

C’est mon filleul, Louis, 22 ans, marathonien. Merci à lui pour le dévouement et sa patience !

Comment as-tu géré les barrières horaires ?

C’était une vrai course contre la montre. C’est la première fois que je flirte toute la course avec les barrière. Je n’ai finalement pas pris de temps de repos sur les ravitaillements, il ont tous été réalisés de manière express.

Comment as-tu géré ton alimentation ? 

Gels, purée, compote testé à l’entrainement (Näak et Baow). J’ai également expérimenté les gommes Ta énergie (café/sel). Elles sont très bien passées.

Du Coca à chaque ravito avec assistance, celui de l’organisation n’est pas très bon 😉

Qu’est-ce qui t’a le plus surpris sur cette course ?

Je ne m’attendais pas à flirté toute la course avec les barrières horaires. C’était la chose la plus dure à gérer. Malgré mes presque 45 heures de course, j’ai eu l’impression de courir dès que c’était possible et de ne jamais récupérer !

Qu’as-tu appris sur toi-même pendant cette course ?

J’ai pas plus appris que sur mes ultras précédents. Je focaliserais encore plus le sommeil avant course car j’ai beaucoup somnolée.

Qui t’a accueilli à l’arrivée ?

Louis, mon assistance, ma femme Magalie et mon fils Marius. Malheureusement, ma belle-fille Aubane avait déjà repris les cours.

Comment as-tu vécu les derniers km et l’arrivée ? Ta première pensée en franchissant la ligne d’arrivée ?

Une fois passé Vallorcine, je savais que c’était gagné (j’avais reconnu cette partie en juin), la descente de La Flégère s’est faite en serrant les dents car les cuisses étaient HS mais avec le sourire ! Les deux derniers KM sont « magiques ».

Je garde cependant une déception de mon arrivée car Michel Poletti (patron de l’utmb) est arrivé juste avant moi et la ligne était bondée de bénévoles. Je n’ai pas pu la franchir correctement ou faire une photo souvenir !

Comment juges-tu globalement cette année ? As-tu d’autres dossards en vue ?

Une excellente année 2026 dans la continuité de mon année 2025 ! J’ai un 38 km le 25 octobre où j’espère performer avec plus de vitesse.

Te projettes-tu déjà vers 2027 ?

Obligatoirement au vu du fait que les dossards sont rapidement pris d’assaut, j’espère avoir au moins un dossard rouge (100 M) en 2027, mais globalement la saison sera plus calme et plus tournée vers le OFF sans dossard. Je vise également quelques FKT (*) dont 1 ou 2 dans les Hauts-de-France.

(*) : Un FKT pour Fastest Known Time (temps le plus rapide connu), est le record de trajet ou d’ascension réalisé, sur un parcours pleine nature bien défini.

Jordan Farissier, les limites repoussées au-delà du réel

Mini-portrait rapide : ton âge ? Ta ville ? ton métier ? 

Moi, c’est Jordan, 34 ans, 2 enfants, Chef de projet en logistique chez Decathlon. Originaire de Berck, je vis maintenant à Villeneuve d’ascq. J’adore quasiment tous les sports et j’aime les défis. Je suis un grand supporter de Lens, et quand je vois le mari de Blandine Lhirondelle, je me dis que c’est vraiment un signe.

Depuis quand cours-tu ? Depuis quand as-tu en tête cet UTMB ? 

J’ai commencé à courir vers mes 14 ans pour retrouver la forme pour le foot que j’ai commencé à 7 ans. Puis j’ai voulu essayer des 10 km à partir de mes 16 ans. En 2016, je me lance sur le 42km du Trail de la Côte d’Opale. Je suis vite tombé accroc au moment où tout semble perdu et soudain, un regain de forme te permet de faire ce que tu pensais impossible quelques minutes auparavant.

En 2019, je participe au Trail des 6 cols à Val d’Isère, mon premier trail en montagne, ma découverte du dénivelé. Les paysages, la difficulté et le dépassement de soi me parlent et en creusant les différentes courses, je découvre l’UTMB. L’UTMB est différente, c’est une course qui fait rêver quasiment tous ceux qui mettent un pied dans l’ultra. Après avoir terminé mon premier 100M à Nice en 2024, malgré une course compliquée, l’idée est devenue beaucoup plus concrète : je voulais savoir si j’étais capable de terminer la course mythique autour du Mont-Blanc.

Es-tu coaché ? 

Non, et c’est probablement l’un des principaux enseignements de cette aventure! 

J’ai construit ma préparation moi-même, en essayant de jongler avec le travail, la famille, les déplacements et l’entraînement. Avec le recul, je pense avoir davantage préparé ma capacité à finir que ma capacité à performer.

J’ai beaucoup fonctionné à l’envie et au ressenti. C’est aussi ce qui me plait dans le sport, mais pour aller chercher un vrai niveau de performance sur ce type d’épreuve, il va falloir désormais beaucoup plus de structure.

Quels étaient tes objectifs initiaux pour ce deuxième 100 Miles ? 

Vu le résultat de mon 1er 100M (Nice – 47h45, à 45min de la barrière horaire), je m’attendais à rester proche de la limite. Je visais entre 46h et dernier finisher. Idéalement, je voulais surtout arriver au km 100 en étant encore un minimum frais et pas complètement cassé.

De ce fait, es-tu heureux de ton classement ?

Oui… et non ! 

Évidemment, quand tu termines l’UTMB, tu ne peux pas être déçu. Rien que franchir cette ligne représente énormément.

Mais j’ai un tempérament de compétiteur. Une fois l’émotion passée, je regarde forcément ce que j’aurais pu mieux faire. 

Cette course m’a surtout montré l’écart entre être capable de terminer l’UTMB et être réellement préparé pour le courir. J’ai validé la première étape, maintenant, ce qui m’intéresse, c’est la deuxième.

Qui a géré ton assistance ? 

C’est un ami qui m’a accompagné, Antoine, le même qui m’avait déjà suivi sur le 100M de Nice. Ma famille/Fan club était là aussi !

Comment as-tu géré ton alimentation sur cette course… ? 

Ah ça, c’est un point que je changerai la prochaine fois ! J’avais testé une stratégie gel + pâte de fruit qui fonctionnait très bien sur des tests de + 10h. J’étais donc parti sur une stratégie à 1 gel et 1 pâte de fruit par heure + du salé au ravito (saucisson, bouillon…) mais après 18h, les gels m’ont comme brûlé la gorge et je n’arrivais plus à en reprendre. J’ai augmenté le salé au ravito, mangé les pâtes avant Courmayeur, pris plus de bouillon, saucisson et pain, puis les compotes m’ont permis de tenir jusque la fin.

… et le manque de sommeil ? 

La 2ème nuit, j’ai vu que chaque rocher était tagué d’un Charlie Chaplin, je me suis demandé qui était l’artiste qui s’était amusé à faire ça ! Mais j’ai apprécié “l’exposition” pendant la course. Puis quand j’ai vu Ectoplasma sur le bord du chemin, et des gens et des animaux pour chaque forme que je voyais, j’ai compris qu’il était temps de faire une pause. Au ravito de Champex, j’ai fait une sieste de 30 min, assis sur une table. Ce repos m’a permis de retrouver de la lucidité, de réduire les douleurs sous les pieds et de reprendre la route pour terminer cette course !

Qui t’a accueilli à l’arrivée ?

J’ai passé la ligne d’arrivée avec mes 2 enfants, et ma compagne m’attendait à l’arrivée. Je les ai bassiné savec les Intérieur Sport sur François Dhaene ou Kilian Jornet ; je leur ai parlé des centaines de fois de Born to Run ; j’ai mis des live de trails à la télé pendant des week-end entiers… Alors, cet UTMB, ils l’attendaient au moins autant que moi. Donc passer ensemble cette ligne mythique, c’est plus que symbolique, c’était incontournable.

Comment as-tu vécu les derniers km et l’arrivée ? Ta première pensée en franchissant la ligne d’arrivée ?

Après Vallorcine, j’ai compris que c’était fait, je serais finisher. La dernière montée vers la Flégère était longue, voire interminable. La descente vers Chamonix était douloureuse mais là encore, je ne voulais pas reproduire d’ancien schéma de course. Donc comme un copain, Alban, me le dit souvent, plus vite on court, plus vite c’est terminé. J’ai relancé dans la dernière descente et j’ai fini par voir la passerelle finale et rejoindre Chamonix. Je n’en revenais pas, je ne réalisais pas, j’étais tout simplement sur un nuage de pouvoir faire enfin ce dernier km. J’ai attrapé mes enfants avant le dernier virage, on passe la ligne ensemble et je me dis que c’était complètement dingue de passer cette ligne. J’ai pensé à ma mère qui aurait été fier de me voir réussir cette course.

Qu’est-ce qui t’as le plus surpris sur l’UTMB ?

Au-delà de la ferveur du départ qui dure jusqu’au Contamines, c’est la première moitié de course roulante qui m’a surpris le plus. Enchaîner les montées et descentes, j’étais prêt, mais devoir courir autant, sur des portions roulantes, je ne m’y attendais pas. 

Qu’as-tu appris sur toi-même pendant cette course ?

J’ai surtout été surpris par ma capacité à pousser les curseurs physiques et mentaux encore plus loin que ce j’avais déjà pu faire.

Comment juges-tu globalement cette année ? As-tu d’autres dossards en vue ?

Mettre l’UTMB à mon palmarès en 2026 fait déjà de cette année une année réussie ! Selon ma récupération, j’essaierai d’être au départ de la Red Run à Berck début décembre.

Te projettes-tu déjà vers 2027 ?

Le prochain 100M sera plutôt pour 2028-2030, avec la diagonale des fous en perspective. Mais en 2027, je vais revenir vers des courses plus courtes et locales avec l’objectif de travailler la vitesse et la capacité à rester rapide sur des distances de plus en plus longues : du 10km sur route au trail de 50 à 80km. Je n’ai rien ciblé de précis pour le moment, je reste à l’écoute. 

Malo Thomas dans le dur

Il y a des années, comme ça… Malo Thomas a mis le clignotant un peu avant Champex. Contraint et forcé. Après 125 bornes, le Lillois a lâché prise. « Ma troisième année consacrée à l’ultra n’aura pas été la meilleure. Mon corps me dit que je suis fatigué. J’ai foiré Madère d’où je sors avec une blessure. Je fais une grosse prépa derrière pour l’UTMB. Mais dès Les Contamines, j’ai vu que ça n’allait pas avec des douleurs musculaires jamais ressenties à ce point. J’ai voulu respecter mon plan de course, mais il n’était pas adapté à la forme du jour. J’ai refusé de jeter l’éponge aussi facilement. Alors, j’ai fait ce que je sais faire de mieux : serrer les dents, avancer et encaisser. Sauf que ce que je n’avais pas anticipé, c’est qu’un corps, quand on le pousse au rupteur, peut décider de tout envoyer valser. Dans la dernière bosse avant Champex-Lac, il a dit stop. Net. » Perte de force dans les jambes. Malaise. Secours. Arrivée en voiture à Champex. Fin de l’aventure. Frayeur. Désillusion. « Bref, un corps sans âme. En vrai, j’ai flippé un peu. Ce n’est pas la fin que j’avais imaginée. Mais parfois, la montagne te rappelle simplement que tu ne contrôles pas tout. Et aujourd’hui, il faut accepter ça. »

Après coup, Malo estime qu’il aurait « dû analyser davantage les sensations. Mais c’est hyper dur, l’UTMB. J’étais un peu dans le déni. Pourtant, je savais que cela n’allait pas. Je suis en bonne santé aujourd’hui, c’est le principal. »

Malo va bien se régénérer. Et revenir plus fort. « Je kiffe l’ultra, j’adore trop ça. On ne voit souvent que les stars dans les moments où ils réussissent. Mais ils connaissent des échecs, eux aussi. Je vais apprendre de mes erreurs. J’apprends déjà. La vie n’est jamais un long fleuve tranquille. »

Olivier Peliks, le genou n’a pas tenu

« Mauvaise fin pour moi… J’étais blessé à partir du 30eme à un genou. J ai poussé au max pour aller voir le médecin au 82e. Mais impossible de reprendre ! Tellement déçu… Tout de même, j’ai cru, un moment, vivre un rêve éveillé ! Ce départ, cette foule, ces encouragements ! C’était vraiment incroyable. Pour le genour, c’est un syndrome patellaire (la rotule qui frotte sur le fémur). L’origine n’est pas connue pour le moment, mais je pense que le fait d’être parti très prudemment m’a fait “freiner” un peu trop dans les descentes. J’irai consulter en rentrant. »

TRACES DES DUCS DE SAVOIE (TDS) = 148 km, 9300 m de D+

Les résultats

✅ Finishers :

Nicolas Geuze, 116e, 30e de sa catégorie, en 30h39’54”

Julien Hache, 147e, 57e de sa cat., en 32h18’31”

Tony Vandenbussche, 198e, 72e de sa cat., en 33h47’12”

Judith Bouchain, 259e, 7e de sa cat., en 35h15’16”

Frédéric Pau, 430e, 60e de sa cat., en 39h02’44

Maxime Duhamel, 489e, 83e des 35-39 ans en 39h01’36

Anne Farley, 626e, 7e de sa cat., 43h28’04

Ambroise Senlis, 652e, 66e de cat., en 43h51’38

Julien Common, 657e, 99e de sa cat., en 43h58’37

Arnaud Binetruy, 667e, 70e de sa cat., en 44h03’26

François Toulet, 669, 95 de sa cat., en 44h03’52

Thibault Hernu, 683e, 187e de sa cat., en 44h28’24

Tom Mercier, 710, 194e de sa cat., en 44h43’15

Léa Leblan, 709e, 32e de sa cat., en 44h41’31

❌ Abandon ou hors délai : Julien Rataud, Jérôme Leroy,Eric Charlet, Olivier Chaumet, Stéphane Parisot, Lucien Loyer, Cyril Wadoux, Mathieu Fradin, Jean-Paul Marquette, Dany Chabe, Nicolas Hollevoet, Anthony Petithomme, Gabriel Dupont, Xavier Cordonnier

Nicolas Geuze : « Le terril de Roost, c’est mon jardin »

Déjà de retour au travail jeudi, Nicolas Geuze a eu le temps de savourer sa performance sur la route du retour vers le Nord. D’analyser ces quasi 30h40 qui ont mené, la veille, le tech support en installation de machine de radiothérapie aux portes du Top 100 de la TDS.

Le Faumontois de 37 ans espérait finir dans la tranche 30 – 35 heures. Mission réussie. « J’avais un peu regardé les temps et les classements de l’année dernière… » Expérimenté sur les formats longs (Madère et Diagonale des fous en 2024, par exemple), Nicolas a été fidèle à sa stratégie : « Je ne suis pas parti trop vite. Après, c’est toujours compliqué de se projeter sur de l’ultra. J’avais découpé la course en 3 parties, avec la première jusqu’à Bourg-St-Maurice et la deuxième jusqu’à Beaufort. J’avais vu que Bourg en 8 heures, cela faisait autour de la 800e place l’an passé. Ca me semblait gérable. »

Divine surprise en arrivant à Bourg-Saint-Maurice, 8h03 après le départ : il pointe à la 352e place !

« Ce qui a dû jouer, c’est la météo. On a eu 3 à 4 heures de pluie en continu et pas mal de vent. Il ne fallait pas être trop frileux et avoir un bon équipement. Je n’ai pas eu froid : je suis resté en short », s’amuse-t-il, avant de grimacer : « Mon pote Nico, de l’ESG Faumontoise était, lui, limite en hypothermie. » Celui-ci s’est arrêté là. DNF. Avec son épouse, il a ensuite été une aide mentale précieuse à Beaufort pour Nicolas.

Sur l’Ultra Tour de Beaufortain l’an passé, le Nordiste a identifié des parties communes avec la TDS. « J’espérais arriver à Beaufort avant la nuit. » Il a pu s’y poser quelques minutes dès 17h45.

« Temps qu’il faisait jour, je préférais avancer ! Je ne voulais pas dormir. » C’est après, aux Contamines, que Nicolas a connu un gros coup de moins bien. « L’impression de ne plus avancer. » Il souffle 20 minutes. Salutaire. Il va encore gagner 45 places jusqu’à l’arrivée, au petit matin, à Chamonix ! « Pour le coup, je pense que j’avais des super jambes à la fin, malgré une petite douleur à l’aine. »

Les entraînements sur les terrils du Bassin Minier ont payé. « Celui de Roost-Warendin, c’est mon jardin. Je suis aussi allé à Loos une fois par semaine. » De quoi lui permettre d’atteindre des pics hebdomadaires de 5 000 m de D+ !

La suite s’annonce plus calme. « Je n’ai rien d’autre de prévu… Ah si, je suis inscrit au marathon de Lille. J’ai envie d’aller chercher un temps mais aucune idée de ce que cela donnera, entre 3h et 3h30, j’espère. » Ca serait un super chrono pour le modeste traileur. Et pour 2027 ? « J’aimerais cocher un jour l’UTMB, un truc un peu mythique. Je vais tenter la loterie. Comme celle du 90 km du Mont-Blanc, d’ailleurs... »

Julien Hache : « Une victoire collective, une leçon individuelle »

« Il y a un an et quatre mois, je me lançais dans mon premier trail : le Radicatrail. Ce mercredi, je me lance sur l’un des trails les plus techniques d’Europe. Et autant la préparation de juillet fut magnifique, autant celle d’août fut tout l’inverse. Les doutes s’installent. Une douleur dans le dos, un tendon d’Achille fatigué…

Le jour J, la nuit n’est pas terrible. Réveillé à 7h00, impossible de faire une sieste… Je mets mes chaussures avec de bons crampons pour la pluie et des chaussettes imperméables, mais je ne me sens pas à l’aise. Je change mon plan : je partirai avec mon matériel de confiance plutôt que de m’en servir uniquement une fois la mauvaise météo passée. Le départ est lancé. La tête se vide. Le combat commence. On commence par une grosse ascension. OK, je l’ai travaillée, c’est mon domaine de prédilection. J’envoie.

Mais rien n’y fait : tellement de monde devant moi… J’ai compris. Je n’ai jamais vu un tel niveau général. En haut, je pointe à la 320ème place. Très bien. Je vais m’accrocher un peu et voir ce qu’il en est. Arête du Mont Favre (km 12) : 275ème (+45) Col des Chavannes (km 21) : 220ème (+55) Séez (km 47,5) : 209ème (+11) Bourg-Saint-Maurice (km 51) : 221ème (-12) Passeur de Pralognan (km 62) : 196ème (+25) Entre-Deux-Nants (km 77) : 161ème (+35) 80 km de maîtrise complète. Je récite ce pour quoi je me suis entraîné.

Avec les apprentissages du Verbier et du Monterosa, je suis sur des distances que je maîtrise et où je sais quand je dois faire mal. Une perte de places à Bourg-Saint-Maurice, au ravitaillement avec assistance, mais qui était parfaitement contrôlée : me changer suite à la météo et remettre les idées en place après une nuit déjà très exigeante physiquement. À partir de maintenant, je n’ai plus d’expérience.

Je pars à la découverte. Je n’ai jamais fait ça. Je vais commettre des erreurs qui vont m’heurter mentalement et peser sur le reste de la course. Mais une chose est sûre : j’irai au bout. Je pense au soutien indéfectible de ma grande amie et assistante de course, Isaline, venue de Normandie. Et à Gabriel, qui débarque pendant la nuit pour m’accompagner dans ce sacré chantier. À mes parents, ma sœur, mon beau-frère et mon neveu, venus m’encourager à certains passages proches de notre lieu de vacances. J

e pense aussi à tous ceux qui croient en moi et à tous ceux qui m’ont envoyé leur soutien par message pendant l’ensemble de la course. Me décevoir, je peux le tolérer. Par contre, décevoir des gens auxquels je tiens, des gens qui croient en moi… ça, c’est non. C’est l’une des choses les plus importantes pour moi. Alors j’irai au bout. J’ai deux jambes. Mais je me sens poussé par tous ceux qui me soutiennent. La montre vibre encore sous les messages d’encouragement. Et ça, qu’importe l’heure, c’est ce qui me rend invincible.

À partir de maintenant, je passe en mode survie. Règle d’or : aller au bout. J’ai compris que, juste en tenant, je pouvais assurer le Top 200, et j’avais accepté ce résultat. Les montées, je les ferai tranquillement pour ne pas brûler ce qu’il me reste d’énergie. Les descentes, plus doucement, avec des pas sûrs. Je sais que physiquement, j’ai encaissé, et je ne veux pas prendre le risque de me blesser. À l’arrivée à Beaufort, je tente de faire une sieste. 30 minutes de perdues. Trop bruyant. Je veux moins subir en descente, alors je vais voir si les kinés ont une solution. Un tape qui tiendra 200 mètres… Encore 30 minutes de perdues.

L’arrêt à Beaufort est un désastre. J’ai voulu temporiser pour repartir sur de nouvelles bases. Je me retrouve finalement avec 18 places en moins et 1h15 de perdues inutilement. Beaufort : 179ème (-18) Hauteluce : 170ème (+9) Barrage de la Girotte : 163ème (+7) Signal S : 156ème (+7) Les Contamines : 154ème (+2) De Beaufort aux Contamines, que de la montée. Je tiens le cap. J’avance tranquillement mais sûrement. Je grappille quelques places. Je fais face à des soucis techniques. Je me lie avec des personnes qui abandonnent une par une et qui se font récupérer en hélicoptère. C’est dur, mais j’avance. J’en ai marre des ravitaillements. Toujours la même chose. Mon corps ne veut plus manger les mêmes aliments. J’arrive aux Contamines. Un ravitaillement XXL qui me fera le plus grand bien grâce à mon assistance : des pâtes, des Paris-Brest… Ça change, et ça passe bien ! J’essaie de me poser un petit peu. La tête commence à tourner. Les jambes se raidissent. Le verdict est clair : je dois directement repartir, sinon je ne pourrai plus le faire. Je suis 154ème et il reste une montée jusqu’aux Houches. Une dernière chance pour moi de faire la différence et d’aller chercher un Top 150. Les Houches : 146ème (+8) Aux Houches, j’ai fait cette différence, mais j’y ai laissé ce que je pensais être mes dernières plumes. J’ai besoin de souffler deux ou trois minutes.

Aux Houches, j’ai fait cette différence, mais j’y ai laissé ce que je pensais être mes dernières plumes. J’ai besoin de souffler deux ou trois minutes. Mes adversaires, eux, ne s’arrêtent pas, car il reste 9 km de plat jusqu’à l’arrivée. Je perds deux places, mais peu importe. Je veux ce Top 150. J’arrive à 3 km de l’arrivée. Personne derrière. Bon. J’aurai fait la TDS et validé un Top 150. C’est bien. Et là, soudain, je tourne la tête. Deux grands gabarits. Belle foulée. Ils arrivent sur moi. Les calculs sont rapides. S’ils passent, je suis 151ème. Alors je pioche dans mes dernières ressources et j’essaie de montrer que j’en ai encore, pour les stopper dans leur chasse. Rien n’y fait. Ils me recollent. L’un d’eux me double. Pendant deux secondes, je me dis que cette fin de course est un cauchemar. Que ce n’est pas juste. Puis, deux secondes plus tard : « Julien, tu vas t’en vouloir pendant longtemps si, si proche du but, tu laisses filer ce Top 150. »

Alors l’ultime combat commence. Mes jambes sont extrêmement dégradées. La blessure est proche, je le sens. Dans les descentes et sur le plat, je n’allonge même plus la foulée. Je ne fais que des petits pas. Les jambes sont lourdes. Mais c’est parti. On réattaque. 13,5 km/h de moyenne sur les deux derniers kilomètres. Pas dingue, me direz-vous. Mais après 153 km et 9 700 m D+… croyez-moi, on a l’impression de faire le plus gros sprint de sa vie. Je double l’une des deux personnes. Me voilà 150ème. Et je ne craque pas jusqu’au bout, malgré l’étrange sensation d’avoir son souffle dans mon cou. Nous apprenons à l’arrivée que trois personnes ont abandonné sur cette portion et que nous étions, dans tous les cas, tous les trois dans le Top 150. Résultat : 147ème.

Mon résultat, mais aussi le résultat de tous ceux qui m’ont accompagné pendant la course, par leur présence physique, mais aussi par leurs encouragements et leurs messages. Vous étiez tellement nombreux. Vous m’avez tellement poussé. Merci. ❤️ Le positif : Finir l’une des courses les plus techniques d’Europe. Finir mon premier 100 miles après seulement un an et quatre mois de course à pied. Faire un Top 150. Je pense que j’aurais pu faire encore beaucoup mieux. Mais cette année… J’ai enchaîné les courses dans tous les formats possibles et imaginables. J’ai engrangé de l’expérience dans les situations les plus complexes. J’ai augmenté drastiquement mon volume. J’ai vu ce qui fonctionnait et ce qui ne fonctionnait pas. Je sais précisément ce que je veux faire. Alors oui, pendant cette saison 2026, j’ai appris.

Pour cette fin d’année de running, je vais finir en me faisant pleinement plaisir. Sans me prendre la tête. Dans des courses que j’aime. Auprès de gens que j’aime Pour finir cette année difficile avec moins de pression. Relais à Pacy, Relais à l’UT3P, UT10B, Épopée Royale, Clécy, Trail du Château de Bizy seront au rendez-vous. Fin de saison : fin novembre. Cette année, j’ai pris une pluie de dossards. Pas super pour la performance, mais génial pour l’expérience. L’année prochaine, ce sera l’inverse. Avec l’expérience acquise, je viens pour tout rafler. Pour ne plus nourrir mes regrets. Il y aura moins de dossards. Mais croyez-moi… J’irai à chacune des courses pour faire TRÈS MAL. Les rendez-vous pour 2027 sont déjà pris. Aucune course entre fin novembre et début avril. Que de la prépa. Et si certains trouvaient que je me la donnais beaucoup déjà… Ce n’est que le début. J’ai encore plus faim que jamais. »

Tony Vandenbussche, stratégies gagnantes

Pendant près de 34 heures, Tony Vandenbusschea pleinement vécu sa TDS. « C’était un voyage, un belle aventure intérieure », se réjouit-il, encore empli d’émotions positives. Il n’est d’ailleurs plus tout à fait le même bonhomme depuis qu’il a pris le départ de cette course si exigeante.

Le Philippois de 33 ans, chargé d’affaires à la centrale EDF de Gravelines, cherchait avant tout à finir la course. Il a fait bien mieux en signant un Top 200 du classement général. « S’aventurer sur des trails de montagne est une épreuve supplémentaire pour nous, les Nordistes. Sur ce type de course interminable, ma stratégie a été de partir en économie, en gestion pour ne pas trop subir le 2e jour. » Ce qu’il a fait pour gagner des places tout au long de la course.

Et pourtant, rien n’a été simple. Tony n’oubliera jamais cet TDS « Des conditions dantesques avec les averses orageuses. Cela chutait énormément avant de rejoindre le col de Chavannes à cause de la boue sur les pierres. C’était atroce. Cela a été compliqué dès la première nuit de se dire qu’on était dans la partie sensée être la plus roulante. On y a laissé beaucoup d’énergie… », souffle le représentant de la Team Gravelines Trail.

Après avoir laissé passer l’orage, au propre comme au figuré, il a avancé sans relâche vers Beaufort. « Là, je me suis allongé. Trop de bruit, trop de chaud…, je n’ai pas pu dormir. Dans la remontée vers le Signal, j’ai eu besoin de dormir. Je me suis posé. Cela m’a fait du bien. » Et tout s’est mis en place jusque l’arrivée.

« Je suis suivi par un coach, Nicolas Muselet (North Summit North), que je remercie pour la prépa, sourit Tony, reconnaissant. Sur mes trails précédents, j’ai souvent été embêté côté alimentation. Maintenant, je me force à manger dès le départ et à manger toutes les 30’. Je varie les textures, avec du solide en début de course. Après, c’est essentiellement de la boisson iso et des gels. »

Si le 90 km du Mont Blanc l’a bien aidé à préparer la TDS, il sait aussi que tout le travail de renfo musculaire, « à poids de corps et à force max » et les week-ends chocs réalisés avec la bénédiction de son entourage lui ont été bénéfiques.

Cap à présent sur 2027. « Je pense renouveler mon expérience dans l’ultra. Et un dans l’année, c’est bien. Pour l’heure, j’ai besoin de digérer la TDS. Même si j’apprécie les formats de 60 km, j’ai envie de tenter le Grand Raid du Guillestrois-Queyras, sur le 105 km. Je tenterai aussi le tirage au sort de l’UTMB. Et pourquoi pas qu’un jour, je parcourrai les sentiers de l’île de la Réunion sur la Diagonale des Fous. »

Judith Bouchain, une vie rythmée par le caillou

C’était une première course de deux nuits pour Judith. Et cette longue balade autour du plus haut caillou d’Europe s’est déroulée comme dans un rêve. A 37 ans, la traileuse de Bucquoy a bouclé l’une des plus belles courses de sa vie, 7e des 35-39 ans de la TDS, en 35h15’16.

« Physiquement, je n’ai pas eu de bobos pendant la course. Il y a eu de la fatigue musculaire et cela a bien sûr piqué de partout dans les heures qui ont suivi. Mais la première nuit de récup a fait la différence », sourit-elle.

Ces deux nuits ont été particulières, avec une première passée sous les orages alpins. « C’était un peu l’Enfer d’Artois, mais en pire », rit-elle. Au global, « je n’ai pas eu sommeil, ni trop de coups de barre. Juste des petites somnolences sur la fin. J’ai arrêté le café 15 jours avant la course en espérant que sa reprise ait plus d’effet pendant la course. J’ai donc tourné aux petits cafés serrés, aux gommes caféinés et au coca pendant la course. » Judith a aussi eu le meilleur des boosters : les encouragements et les attentions de Rémy, son compagnon, et de Benjamin, leur pote. « Ils ont tous les deux été aux petits oignons. »

Judith redoutait que sa digestion la mette dans le rouge. « Cela ne se passe en général pas bien, même sur les petites distances en montagne. » Elle a changé de stratégie, en faisant le Tour du Mont Rose avec des copines : manger normalement. « J’ai lâché les gels et les boissons d’effort. Je suis restée sur du solide (jambon, fromage, pastèque…), un repas salé à la base vie de Beaufort avec crozet, eau, coca, pastilles de sel. Le game changer ! »

La géologue, responsable foncier des carrières chez Eiffage — « le caillou rythme ma vie » — est restée toute la course « dans des allures de gestion ». Ca a payé. « J’ai été surprise par la technicité du parcours. Je connaissais la réputation de la course mais il y avait quand même des passages où il a fallu poser les mains. Les chaînes n’étaient pas là pour décorer. La descente de Beaufort a tabassé… Mais j’ai toujours été dans le plaisir jusque dans les 20 derniers kilomètres. Mon corps ne voulait plus avancer. J’ai peut-être eu des petites hypoglycémies… » Judith a toutefois trouvé l’énergie nécessaire pour venir à bout des 150 bornes, grattant même quinze places au passage.

Sa fin d’année va être plus calme. Tout juste a-t-elle programmé une course de 15 km avec sa maman sur le Trail des Beaux-Monts dans l’Oise et le défi des Ducs de l’Artois.

« Pour 2027, moult perspectives s’ouvrent à moi. Je sais que mon corps est fait pour le long. J’aimerais bien aller sur la Restonica et peut-être tenter un autre UTMB ou l’Echappée Belle. Seule certitude : je participerai au 110 km de la VVX. Dans la région, il y aura aussi peut-être Trail du Chardon. » Et bien sûr, elle va continuer à prendre du plaisir sur le mur d’escalade de 7A Bapaume et dans les sorties du Club Alpin Français d’Arras où elle est initiatrice pour la section trail.

Maxime Duhamel, une double victoire

Mini-portrait rapide : ton âge ? Ta ville ? ton métier ? 

Maxime Duhamel, 38 ans, infirmier aux Urgences du CHAM Rang-du-Fliers et infirmier sapeur-pompier. Passionné de sports d’endurance.

Es-tu coaché ? 

Je ne suis pas coaché. J’utilise une appli « Run Motion Coach » (partenaire de 1000 pattes) où je paye mes plans de préparation. Plus simple pour moi au vu de mon activité professionnelle et familiale.

Tu as connu la TDS, l’UMB, les Templiers, la Diag… Qu’es-tu venu chercher cette semaine à Chamonix ? 

Je suis venu à Chamonix pour des vacances en famille mais également pour profiter de l’ambiance trail qui règne dans la vallée. C’est un peu l’Enduropale du Touquet mais version trail. Toutes les marques qui viennent exposer leurs nouveautés, rencontrer les élites…. Et puis surtout pour tester ma forme physique et mentale, jouer avec mes limites sur la TDS. Chaque ultra est différent même si nous y avons déjà participé.

Quels étaient tes objectifs initiaux ? 

Mes objectifs étaient tout d’abord d’être finisher, de passer du bon temps en montagne, d’apprécier ce décor paradisiaque qu’offre la montagne. Sur un ultra, je me fixe rarement de chrono car la distance est longue et tout peut se passer d’un moment à l’autre… On peut se sentir bien et passer de l’autre versant en moins de 30 min et vivre le pire cauchemar.

De ce fait, es-tu heureux de ton classement ?

Je suis hyper heureux de ce classement. Une fois que je suis dans la première moitié tout me va, j’appelle ca une double victoire : passer la ligne d’arrivée dans les délais et la première moitié du classement.

Qui a géré ton assistance ? 

J’ai fait la TDS en autonomie complète sans assistance. Nous sommes venus avec ma femme et notre fille de 2 ans et demi. Au vu de mes horaires de passage sur les ravitos et les distances depuis Chamonix, il était impossible que ma conjointe me rejoigne sur les ravitos et encore moins les nuits.

Comment as-tu géré ton alimentation sur cette course… ? 

En courant, je mange beaucoup de gommes, de barres énergétiques hypercaloriques, des pâtes de fruits  facile à mâcher. Je n’utilise pas de gel par peur d’avoir des troubles digestifs. Donc je les bannis de mes courses, surtout si je pars pour plus de 24h de course. Puis sur les ravitos, je mange des choses plus consistantes comme du jambon, du fromage et du saucisson sans trop me gaver non plus.

… et le manque de sommeil ?  

Je tolère plutôt bien le manque de sommeil même si je finis toujours avec des hallucinations et parfois des vertiges. Je n’ai jamais dormi sur mes Ultras par peur d’avoir une raideur musculaire au réveil et ne plus réussir à repartir. Etant donné que je travaille très souvent de nuit, cela m’a forgé une bonne tolérance aux nuit éveillées dans les sentiers. Et j’adore courir de nuit à la frontale.

Comment as-tu vécu les derniers km ?

Sur la TDS, les derniers km sont très durs car il s’agit de 9 km de plat entre les Houches et Chamonix, cela veut dire que ces 9 km se courent et après 145 km nous n’avons plus forcément les jambes pour courir 9 km et ce qui est frustrant. C’ est que l’allure est bien en dessous de ce que nous sommes capables de faire à l’entrainement en temps normal. Il faut également y ajouter les douleurs articulaires et les douleurs provoquées par les cloques aux pieds. Heureusement que les endorphines masquent ces douleurs et nous permettent de galoper au rythme d’une rando-course. Mentalement je me dis que plus je cours, plus vite j’arriverai sur cette finish line. Alors ,pour mon cas, j’évite les pauses, je préfère ralentir mon allure.

L’arrivée à Chamonix est un moment hors du temps, tout le monde nous acclame, les terrasses des bars et des restaurants crient notre prénom inscrit sur notre dossard. Nous sommes acclamés tel un Elite. Lls gens sont hyper respectueux de l’effort que nous venons d’accomplir. L’ambiance est énorme, l’organisation met beaucoup de ferveur pour qu’on se souvienne longtemps de notre arrivée.

Qui t’a accueilli à l’arrivée ?

J’ai eu la chance d’être accueilli à Chamonix par ma femme et mon Bébé. J’ai eu la chance de pouvoir franchir la ligne d’arrivée avec ma fille dans les bras ! Un moment tellement magique !

Ta première pensée en franchissant la ligne d’arrivée ?

Le soulagement d’avoir terminé et d’avoir accompli cette aventure jusqu’au bout.

Qu’est-ce qui t’as le plus surpris sur cette TDS ?

Ce qui m’a le plus surpris, c’est le nombre d’abandon, le nombre de traileurs avec les pieds abimés et surtout la météo tellement apocalyptique toute la première nuit.

Qu’as-tu appris sur toi-même pendant cette course ?

Sur cette TDS je me suis rendu compte que j’étais capable de courir à chaque fois que cela était possible, que ma prépa a bien fonctionné sans travailléerplus que ça le denivelé étant donné qu’autour de chez moi tout est plat.

Comment juges-tu globalement cette année ? As-tu d’autres dossards en vue ?

2026 a été riche en dossards de petit format. Des petits bobos que j’ai réussi à vite guérir comme une fracture de côte en pleine prépa TDS. Mon prochain objectif est la Saintélyon, je me laisse un bon 3 semaines de repos avant de reprendre un plan de prépa.

Te projettes-tu déjà vers 2027 ?

En 2027, je pense faire deux ultras, un plutôt roulant pour apprendre à courir longtemps et un autre en montagne pour découvrir de nouvelles cartes postales et bosser le dénivelé. Je vais essayer le tirage au sort de l’UTMB.

Anne Farley, le donut avant le plat de résistance

Mieux que quiconque, elle le sait : Anne a fait des erreurs cette semaine. Mais elle a terminé, en Haute-Savoie, son premier 100 Miles. La Calaisienne a trouvé les ressources nécessaires pour finir à une magnifique 7e place de la TDS chez les 50-54 ans.

Des ressources physiques, au préalable, avec une préparation optimisée par Stéphane Brogniart (Team Point Barre), comprenant bien plus de renforcement musculaire que d’habitude.

Des ressources mentales, surtout, pour la désormais lorraine d’adoption : « Le trail est un outil de développement personnel. Il vient m’aider à me développer dans la vie de tous les jours. » Elle n’oubliera jamais ce moment où son assistance lui a claqué un Babybel dans la bouche avant de lire un message du coach : « Ne donne pas raison à ceux qui veulent te voir chuter ». Je me suis rappelé pourquoi j’étais là… J’étais dans l’événement remarquable de l’année de mes 50 ans. » Le mental a fait le reste. « De ces 43 heures, j’ai appris que j’ai une très forte résilience. Je ne savais pas que j’avais cette capacité à rebondir, ces capacités physiques. »

Elle l’avait déjà montré au cours de chaque week-end choc dans les Vosges à enquiller du dénivelé. Et aussi en tournant dans une boucle autour de son ancien appartement, qui l’a amenée à courir 120 bornes en grande partie de nuit. Cette trace ronde, c’est « mon donut ».

« Je sais que je n’ai pas, à 50 ans, le corps pour performer. Mais j’y suis allée avec mon tempérament en ayant habitué le corps à de fortes agressions. » Alors oui, la manager en gestion du patrimoine dans une banque du CAC 40 aurait dû manger plus, et ce, dès la première nuit. « Cette nuit qui a tout changé… J’ai fini l’ascension du col des Chavannes avec la couverture de survie. Orages, bonnes draches… On a pris cher ! Je ne pensais alors pas à manger. » Elle estime aussi que le fait d’avoir été si proches des barrières horaires a eu une incidence sur son manque d’énergie général. « J’ai eu du mal à relancer. Je n’avais pas de jus. Il aurait fallu que je fasse des micro-siestes pour être plus fraîche. » Son assistance — Julien, son mari ; Romane, l’une de ses filles ; David, son frère… — a heureusement su la rebooster, tout comme les encouragements de sa « team cheerleaders ».

L’an prochain, Anne veut développer le off, oublier les barrières horaires. « J’aimerais bien monter dans les 2 ans un projet en Ecosse. J’aime marcher et courir seule dans la nature. Cette solitude et cette découverte de la nature me plaisent. Et je sais maintenant que les capacités mentales et physiques pour y arriver. »

Ambroise Senlis, la cinquantaine rugissante

Screenshot

Ca faisait dix ans qu’il n’avait pas pris le départ d’un 100 Miles. C’était l’UTCAM. 48h44 d’effort. C’était pour ses 40 ans. Pour ses 50, Ambroise Senlis a ciblé une autre folie : la TDS. Pour être éligible à l’inscription, il a fini le HOT du Père Noël, aux Herbiers, fin décembre. Peu après son inscription sur la TDS, il a ainsi participé à l’ARC 100, un autre 100 Miles, en Angleterre, en janvier dernier. 161 km et 5300 m de D+ au programme.

Il s’est donc lancé vendredi à l’assaut du monstre alpin. Rien ne l’a arrêté. Pas même « le temps de chiotte » de la première nuit : « La pluie ne pas m’a fait peur. »

« Mardi matin, on a envoyé 2000 m de D+ d’affilée. Ca calme… Ca s’est bien passé, analyse-t-il. Bien sauf le gros, gros doute du mardi soir. Je n’avançais pas dans les montées. J’ai appelé ma femme. Elle a appelé un copain. Il était à Beaufort. Il m’a attendu. Il m’a relancé. J’ai accepté d’être moins bon dans les montées et j’ai couru dans les descentes. »

Ambroise espérait finir en 40 heures. Il en a quasi ajouté quatre au compteur. L’essentiel était ailleurs. Désormais, il se voit bien participer à l’UTMB en 2027. Et bien sûr, avant cela, avec ses amis, il aura organisé l’UltraBaie. LA grande fête estivale du trail en baie de Somme.

Thibault et Léa, ce duo qui n’en fait qu’un

Cette année, Thibault et Léa ont décidé de courir chacun de leur côté. Le DNF de l’an passé sur la TDS a laissé des traces dans les esprits. Lundi soir, pour le match retour, ils sont partis main dans la main. Et arrivés avec quelques minutes d’écart seulement.

Enseignant en activités physiques adaptées, Thibault Hernu, 32 ans, avec un « objectif clair » en arrivant à Chamonix : « Je voulais prendre ma revanche par rapport à l’année dernière, je voulais aller au bout. » Et rien n’a été simple avec une première nuit difficile, passée en grande partie sous la pluie et dans le froid. « A Beaufort, j’ai pu dormir de 40’. J’ai pris le temps de me changer et de manger. Cela m’a fait du bien. Après cela, je me suis dit que cela allait le faire. » Et justement, côté estomac, le ch’ti gars d’Aix-Noulette a réussi à s’alimenter un peu tout au long de la course. « J’ai tourné avec les gels, de l’eau, de l’oasis, de la pastèque et un peu de pâtes. »

Soulagement et plaisir à l’arrivée pour Thibault qui aura beaucoup appris sur les formats longs sur cette course.

Moins d’un quart d’heure plus tard, il a accueilli sa chérie sur la ligne d’arrivée. Léa, kiné de 33 ans, a passé une drôle de course. « J’ai littéralement couru après les barrières. Cormet de Roselend, je la passe à 2’ près. Ma sœur, Chloé, faisait mon assistance, elle a été incroyable, parfaite du début à la fin. » La jumelle est venue la chercher dans le chemin avant la zone de contrôle. « Elle m’a dit : « Si tu tartines, tu peux le faire. » Elle m’a emmenée. On a réussi. Je ne voulais pas avoir de regrets. »

La Gittaz, c’est ensuite passé à 8’. Admirable de bout en bout, la Souchezoise a livré une bataille héroïque pour vaincre ses démons de l’an passé. Quitte à faire des siestes sauvages de 5’ avec son pancho de survie.

« Y avait rien de roulant. Que des sentiers techniques qui t’obligent à rester focus. J’ai fonctionné tronçon par tronçon d’une dizaine de kilomètres. » Et c’est ainsi qu’elle a avancé, heureuse aussi de pouvoir compter sur un système digestif discret. « Je peux manger ce que je veux ! Mon seul problème finalement, c’est que j’avais constamment faim. J’ai tourné aux gommes, aux gels, au faux jambon (je suis végétarienne), au taboulé et au bouillon-vermicelle. »

Léa sait qu’elle doit beaucoup à ses ajustements dans la préparation. « Je n’ai pas fait autant de terril que l’an passé. J’avais des douleurs tendineuses et ligamentaires l’année dernière. Je suis allé chercher les côtes assez raides près de chez moi que j’ai pu courir. J’ai fait du renfo, mais pas assez à mon goût, et beaucoup de dénivelé à vélo. J’avais envie de prendre ma revanche. Je m’en suis nourrie. Je suis arrivée plus forte mentalement. » Et c’est passé ainsi dans une ambiance de folie, avec le soutien des potes présents sur place et à distance.

Prochains rendez-vous pour Léa : le Chti’KV avec Thibault, à Loos-en-Gohelle, le 18 octobre, puis le marathon de Lille. « Je suis une insatiable », s’amuse la toujours souriante finisher de la TDS.

Arnaud Binetruy, pas de plaisir, pour une fois

Cette fois-ci, le plaisir n’a pas été au rendez-vous pour Arnaud Binetruy. Peut-être, le Valenciennois de 50 ans, coach sportif de profession, a-t-il laissé un peu trop du jus cette semaine en rencontrant les partenaires pour son site trailpro.fr. Un site pour lequel il teste tout type de produits de trail.

Celui qui fait au moins un 100 Miles ou un 100 Km chaque année n’a pas eu le smile cette semaine sur la TDS. « Je ne sais pas comment je peux l’expliquer mais je n’étais pas positif. La course a été très dure. Je n’ai pas réussi à trouver les parades positives habituelles. Je me suis vraiment battu. J’aurais pu m’arrêter 500 fois. C’est la première fois que je ressens ça sur un ultra. Je n’ai jamais eu autant de mal à enclencher, à profiter de la montagne. »

Il faut peut-être chercher les explications dans les premières heures de la course. Tout simplement. « Très vite, avec le froid, la grêle, cela m’a bloqué un peu l’estomac. Je n’ai eu aucune envie de manger pendant les 30 premières heures. » Pas d’aliment, pas de carburant. Pas de carburant, pas de plaisir.

« J’ai dormi dès que c’était nécessaire. Je sais que le sommeil est indispensable même si j’ai les barrières au cul. »

De cette aventure, partagée avec Richard, l’un ses meilleurs potes, et François Toulet, l’un des gars qu’il coache, il ne retient que le positif : Arnaud est un finisher de la TDS. « Cela va me donner encore plus de force pour les prochains événements », estime-t-il, conscient que sa perf individuelle n’aurait « pas été possible » sans ses proches : Hélène, ma femme ; Mélanie, la femme d’un copain ; Florian (Traileurs Flotteurs sur Youtube), un copain. « Quand on les voit, on se dit qu’ils sont venus pour moi, qu’on ne peut pas lâcher… On avance alors, pas après pas, pour garder le fil conducteur et ne pas lâcher. »

COURMAYEUR – CHAMPEX – CHAMONIX (CCC) = 100 km, 6100 m de D+

✅ Finishers :

Arthur Boisleux, 296e, 108e de sa catégorie, en 17h10’11

Casimir Spriet, 656e, 139e de sa cat., en 21h01’49

François Dherbecourt, 685, 64e de sa cat., en 21h24’54

Xavier Carré, 999e, 119e de ca cat. en 24h20’50

Florent Gruart, 1050e, 137e de sa cat. en 24h45’21

Julien Lebrun, 1197e, 149e de sa cat en 25h51’00

Jérôme Levasseur, 1324e, 179e de sa cat. en 26h42’58

EXPERIENCE TRAIL COURMAYEUR (ETC) = 15 km, 1200 m de D+

✅ Finishers :

Florian Maquet, 321e, 191e de sa catégorie

Philippe Roux, 557e, 280e de sa cat.

Romain Plouchart, 571e, 58e de sa cat.

Tom Collet, 1064e, 403e de sa cat.

Grégoire Nuttin, 871e, 82e de sa cat.

Céline Antczak, 970e, 31e de sa cat.

Aymeric Maillard, 1086e, 406e de sa cat.

Florentine Coquet, 1192e, 74e de sa cat.

Gauthier Gratpanche, 1236e, 426e de sa cat.

Julie Tison, 1266e, 286e de sa cat.

Ici, Julie :

ORSIERES-CHAMPEX-CHAMONIX (OCC) = 60 km, 3500 m de D+

✅ Finishers :

Pauline Carré, 196e, 12e des 35-39 ans, en 7h51’34

Alexandre Cecak, 502e, 81e des 35-39 ans en 10h11’02.

Arnaud Chamillard : 1091e, 107 des 45-49 ans en 12h48’16

Dan Vigny : 1386, 148e des 45-49 ans, en 13h55’52

Pauline Janeczko : 1466e, 87e des 35-39 ans, en 14h13’08

❌ Abandon ou hors délai : Rémi Dupuis, Franck Messina

MARTIGNY-COMBE-CHAMONIX (MCC) = 40 km, 2350 m de D+

✅ Finisher :

Jean-Luc Puthoste, 1293e, 26e des 65-69 ans, en 9h12’14

❌ Abandon ou hors délai : Alexis Montois

YOUTH CHAMONIX COURMAYEUR (YCC) juniors = 15,1 km, 1194 m de D+

✅ Léo Vaugrand, 118e, 88e de sa catégorie

Léo, 17 ans, de Noyelles-Godault, inscrit sous les couleurs de l’Association Coach Sport Santé, témoigne : « J’ai perdu énormément de temps à cause des crampes, que j’ai eues à partir du 5e km). Des crampes dues à un problème de nutrition à partir du 3e km. Il m’était impossible de m’hydrater et de me nourrir. Je vomissais tout ! La dernière montée m’a tué. Mes deux derniers km m’ont pris 22 minutes ! Impossible d’avancer. J’avais mes jambes qui courbaturaient constamment à chaque impact au sol. Heureusement que j’arrive à lâcher les 11e et 12e km en 3:43 min. Après, y a pas mal de différences avec le Nord : manque d’oxygène, chaleur, technicité du terrain. Je retourne m’entraîner pour le Trail de la Côte d’Opale pour essayer de faire un meilleur résultat comme j’ai l’habitude de faire sur un terrain plus proche de chez nous ! »

YOUTH CHAMONIX COURMAYEUR (YCC) Cadettes = 7,1 km, 546 m de D+

✅ Léontine Coppenole, 76e, 9e de sa catégorie

YCC Cadettes, la revanche = 4,5 km, 227 m de D+

✅ Léontine Coppenole, 34, 7e de sa catégorie

YOUTH CHAMONIX COURMAYEUR (YCC) Minimes = 3,5 km, 235 m de D+, en

✅ Eva Legrand Duquesne, 40e, 7e de sa catégorie, en 25’42

YCC Minimes, la revanche = 4,5 km, 227 m de D+, en

✅ Eva Legrand Duquesne, 24e, 3e de sa catégorie, en 25’36

7e de sa catégorie la veille sur le 3,5 km (235 m de D+), la représentante de USA Liévin Athlétisme et du Triathlon club Liévin a pris sa revanche ce 25 août, sur la 4,6 km (250 m D+). Et c’est d’autant plus dingue qu’Eva, 15 ans, n’avait jusqu’à cette semaine jamais participé à un moindre trail !

Et qu’elle apprend vite !!! “Hier, c’était mon premier trail. Je ne savais pas comment cela allait se dérouler. Je suis partie un peu trop vite. Les fille marchaient dès que ça montait fort. J’ai essayé de courir. Je me suis épuisée pour rien.” Aujourd’hui, Eva a bien mieux géré l’effort. Et ça a payé !

Une fierté pour elle et bien sûr pour sa famille, à ses côtés à Chamonix. « Ma maman avait déjà participé à la CCC. Elle voulait me faire ressentir les mêmes sensations. » Mission réussie et premier podium international pour Eva, seule Française du top 6, au milieu d’une Roumaine, d’une Belge, d’une Italienne, d’une Suissesse et de deux Espagnoles.

Eva va désormais retrouver le plaisir du bitume avec deux objectifs en tête : performer le 19 décembre lors de la grande finale des Championnats de France du 5 km à Paris et descendre sous les 18 minutes. Rien d’impossible pour la championne régionale du 2000 mètres.

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